Que doivent faire les industriels et manufacturiers du Québec pour relever les défis du XXIe siècle ?

Que doivent faire les industriels et manufacturiers du Québec pour relever les défis du XXIe siècle ?

 Rien ne sera moins industriel que la civilisation née de la révolution industrielle. Jean Fourastié 

Depuis les débuts de la révolution industrielle au 19e siècle, la productivité des ressources humaines a fortement augmentée. Toutefois, peu a été fait pour augmenter la productivité des ressources matérielles. L'épuisement accéléré des ressources de la Terre forcera les industriels et les manufacturiers à adopter une nouvelle stratégie.

Mon billet de cette semaine présente les principales stratégies industrielles utilisées depuis plus de 200 ans. Ce retour dans le passé permet de tracer les caractéristiques de la stratégie industrielle que vous devriez mettre en œuvre dès maintenant.

19e siècle – Production artisanale

C’est le passage d'une société à dominante agricole et artisanale à une société commerciale et industrielle.

  1. L’offre de nouveaux produits se développe lentement.
  2. Les produits sont fabriqués sur mesure selon les besoins des clients.
  3. La production est unitaire, non répétitive et sur demande (flux tiré).
  4. Les employés sont des artisans. Ils sont impliqués à toutes les étapes de la fabrication du produit.
  5. L’emphase est mise sur la qualité et la relation client.

1900 à 1975 – Production de masse

  1. La demande pour de nouveaux produits ne semble pas avoir de limite.
  2. Les produits sont standardisés et ne sont plus différenciés pour les clients.
  3. La production est en lot, répétitive et sur prévision (flux poussé).
  4. Les employés sont spécialisés pour réaliser quelques tâches seulement. Les employés sont déresponsabilisés et gérés comme des « ressources humaines » au même titre que les ressources matérielles !
  5. L’accent est mis sur la productivité, le prix de revient et les contrôles de gestion.

1975 à 1990 – Toyota Production System

  1. L’offre de produits dépasse maintenant la demande.
  2. Les produits sont standardisés avec des options au choix des clients.
  3. La production est unitaire, répétitive, sur demande (flux tiré) et sur prévision (flux poussé).
  4. Les employés sont spécialisés et responsabilisés pour améliorer en continu les produits et les processus.
  5. L’accent est mis sur la production de produits de bonne qualité, au bon moment et en bonne quantité (Juste-à-temps).

1990 à aujourd’hui – Lean Manufacturing

  1. L’offre de produits est largement supérieure à la demande. Il y a une surcapacité mondiale de production. La concurrence est impitoyable pour séduire les clients.
  2. Les produits sont standardisés, mais adaptés selon les besoins des clients.
  3. La production est unitaire, peu répétitive et sur demande (flux tiré).
  4. Les employés sont de plus en plus polyvalents et responsabilisés.
  5. L’accent est mis sur la satisfaction des clients et l’agilité du système de production.

21e siècle – Green Manufacturing

  1. La consommation des ressources matérielles et énergétiques n’est pas durable. La proportion des coûts des matières et de l’énergie dans vos états financiers continuera donc de croître plus rapidement que vos autres coûts. Pour plus d’information, lisez mes billets Crise financière ou crise énergétique : Êtes-vous prêt ? et La lente transition vers une société postcarbone.
  2. Concevez vos produits à l'aide des outils de l’écoconception. Vous réduirez vos coûts matériels, vos coûts énergétiques, et vos impacts environnementaux à chaque étape du cycle de vie de vos produits. Pour plus d’information, lisez mes billets Le développement durable est un gisement d’innovations pour votre entrepriseL’écoconception est un puissant outil de développement pour votre entreprise et 33 stratégies d’écoconception pour réduire les impacts environnementaux de vos produits durant leur cycle de vie.
  3. Visez le zéro déchet en production, utilisez l’écologie industrielle pour transformer vos rebuts en une source de revenus, et dématérialisez votre chaîne d'approvisionnement.
  4. Vous aurez de plus en plus recours à des contractuels et des travailleurs autonomes pour réaliser vos projets. Selon Statistique Canada, les travailleurs autonomes représentent en 2011 près de 15 % des travailleurs canadiens. Leur nombre a augmenté en moyenne de plus de 4 % par année au cours de la présente décennie et représente plus des trois quarts des nouveaux emplois créés.
  5. Mettez l'accent simultanément sur vos efficiences opérationnelle, environnementale et énergétique. Faire plus avec moins n’est plus la solution. Vous devez dorénavant faire mieux avec moins.

Malheureusement, plusieurs principes de la production de masse sont encore omniprésents dans une majorité d’organisations des secteurs institutionnel, financier, de la santé, industriel, manufacturier, commercial, etc. De plus, seulement 2 % des industriels et manufacturiers du Québec sont Lean. Finalement, très peu d'industriels et de manufacturiers ont commencé à migrer vers le Green Manufacturing. Le réveil risque d'être brutal pour plusieurs entreprises lors de la prochaine récession que nous subirons probablement avant la fin de 2015.

Commentez ce billet et cliquez sur le bouton "J'aime" ci-dessus si vous avez aimé. Merci de partager ce billet sur vos fils TwitterLinkedinGoogle+ et Facebook en utilisant les boutons ci-dessus.

Abonnez-vous immédiatement pour recevoir automatiquement par courriel mes billets hebdomadaires dès qu'ils sont publié.

Vous êtes libre de partager, reproduire, distribuer et communiquer ce billet selon les conditions de la licence Creative Commons.

Jean-Pierre Dubé - License Creative Common

Mots clef : , , , , ,

6 commentaires à “Que doivent faire les industriels et manufacturiers du Québec pour relever les défis du XXIe siècle ?”

  1. Pascal Genevieve
    26 août 2012 à 14:56

    « Faire mieux avec moi », une formule qui résume très bien la nouvelle orientation que les entreprises vont devoir embrasser, soit parce qu’elles comprennent les enjeux, soit parce qu’une fois au pied du mur, elles n’auront plus le choix.
    Le défis de sensibilisation est grand car le courant de pensé dominant vise toujours la croissance de l’activité.

    • Jean-Pierre Dubé
      26 août 2012 à 17:51

      Merci Pascal pour ton commentaire. Un changement de paradigme exige habituellement une crise. Je crois donc que la majorité des entreprises changeront lorsqu’elles seront au pied du mur.

  2. François Lessard
    30 juillet 2012 à 08:08

    Bonjour,
    Il y a un élément qui m’apparaît très important. Je crois que ce sera le défi de l’humanité pour le siècle à venir. C’est celui de l’entretien et de la maintenance des installations, équipements et constructions humaines. Depuis que l’humanité a cessé de se fier au confort de la nature (nomadisme) pour choisir celui de la culture (sédentarité), l’homme n’a cessé de construire toujours plus gros, plus confortable et plus complexe. Comme nous le savons, la sédentarité a engendré la culture. La culture nous renvoie aux valeurs partagées.
    Voilà le défi: Je crois qu’il y a de plus en plus de gens dont la culture n’est pas partagée par ceux qui construisent ou ont construit. Et c’est là un véritable défi car l’humain a l’habitude d’entretenir ce qu’il apprécie et aime. Le reste, il l’abandonne et le laisse se détoriorer. Pouvons-nous laisser se détériorer nos routes, nos ponts, nos voies ferrées, nos centrales nucléaires, nos gratte-ciel et tout ce que nous avons construit sans qu’il y ait des conséquences assez dramatiques?
    De plus, dans nos sociétés modernes, il y a de plus en plus de nomades sociaux et culturels. Des cueilleurs qui jouissent de ce qui est déjà là sans se soucier de l’entretenir et de le maintenir en bon état de fonctionnement. La sédentarité nous a obligé à apprendre à entretenir. Le nomade n’entretenait pas la nature. Lorsqu’elle était souillée, il levait le camp et s’en allait ailleurs et la nature recyclait d’elle-même ses déchets. Les déchets industriels sont beaucoup plus difficile et long à recycler naturellement; ils nécessitent des interventions humaines pour retrouver une nouvelle vie ou pour pouvoir être remis à la nature sans trop de dommages.
    Le défi est de taille. Les nations sont-elles capables de mobiliser les peuples au désir d’entretenir et de maintenir les acquis en bon état; veulent-elles y mettre les argents nécessaires et les priorités industrielles qui en découlent?
    Merci
    François Lessard

    • Jean-Pierre Dubé
      26 août 2012 à 17:53

      François, ton commentaire apporte un élément tout à fait pertinent. Merci beaucoup d’avoir pris le temps de partager ton point de vue.

  3. Clément Blasco
    30 juillet 2012 à 07:31

    Bonjour,
    Merci pour ce billet et cette vision postcarbone. La nouvelle génération doit embrasser cette nouvelle stratégie industrielle au risque de « s’engluer » à jamais sur les ruines de notre empire consommateur dépendant des ressources naturelles et humaines.

Laissez un commentaire

Nom (requis)

Courriel (requis mais jamais publié)

Site Web (optionnel)