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Quel est l’avenir manufacturier du Québec?

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Le coût du travail n’est qu’un facteur parmi d’autres du coût total lié à une délocalisation : transport, matériaux, capital, mais aussi incertitude quant à l’infrastructure sur place, corruption des autorités publiques, arbitraire politique, etc. sont autant de questions à se poser avant de délocaliser. Tous ces facteurs jouent un rôle beaucoup plus important que le seul coût du travail. Suzanne Berger, Professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT)

Par Yves Lusignan et Jean-Pierre Dubé

Le billet de cette semaine est fortement inspiré par un billet écrit en juin 2010 par un ami et un collaborateur, Yves Lusignan, Président-fondateur de Ciblexpert inc. Yves est un prospectiviste, un ingénieur social, un érudit, et un conférencier verbomoteur et inspirant. J’ai repris le billet de Yves car il aborde l’avenir manufacturier du Québec sous un nouveau point de vue.

Au Québec, nous importons la grande majorité des produits qui assurent notre qualité de vie. Pensez aux vêtements, équipements électroniques, électroménagers, automobiles, outils, équipements de sports, et à tout ce que vous achetez. Vous verrez que notre qualité de vie est fortement dépendante de produits importés.

Faites un retour vingt (20) ans en arrière. Rappelez-vous combien la grande majorité des produits que nous consommions étaient fabriqués au Canada et aux États-Unis. Comme consommateur, nous avions le choix d’acheter des produits de qualité, durables et faciles d’entretien. Les électroménagers étaient vendus avec des garanties de dix (10) ans. Nous avions également le choix de produits à bas prix, de moindre qualité, et de durabilité inférieure. Ce choix n’est pratiquement plus possible.

Malgré la progression des technologies et des techniques de fabrication, les produits ont une durée de vie de plus en plus courte. Ils sont également de moins en moins réparables. Ce triste constat ne change pas même si vous payez plus cher. Le haut de gamme ajoute des fonctionnalités, mais rarement de la durabilité et de la maintenabilité. C’est maintenant une mission impossible d’acheter un produit avec la certitude qu’il durera au moins dix (10) ans. Les produits de plus de cinq (5) ans sont souvent considérés comme juste bons pour le dépotoir ou le musée.

Les produits sont vendus avec une garantie de quelques mois seulement. Les garanties prolongées, vendues à fort prix, sont maintenant la norme. C’est moins cher de remplacer le produit défectueux que de le réparer. À toute évidence, la majorité des manufacturiers ne favorisent pas la réparation et leurs ingénieurs ne sont pas autorisés à faire du « Design for Maintainability ».

En quelques années seulement, notre capacité manufacturière et notre autonomie industrielle ont été réduites à une peau de chagrin à coup de délocalisations répétées. Pour répondre aux ténors de la mondialisation, nous avons liquidé notre autonomie industrielle et l’avons remplacée par de grandes entreprises distributrices comme Wal-Mart. Ces entreprises s’approvisionnent sur un marché mondialisé dans lequel le facteur clef est uniquement le prix.

Les délocalisations et l’exportation de nos compétences manufacturières ont affaibli le Québec. Des dizaines de milliers d’emplois bien rémunérés ont aussi été délocalisés. Ce déplacement de la richesse a appauvri nos gouvernements, nos entreprises et la population en général. Des dizaines de milliards de dollars sortent du Québec chaque année pour acheter des produits toujours moins chers. Ces produits à « bas prix » sont en réalité plus chers considérant, leur durée de vie toujours plus courte.

Vers une effervescence manufacturière québécoise

Le marché intérieur chinois progresse rapidement et consomme une part croissante de sa production industrielle. Nos approvisionnements provenant de l’Asie se tariront tôt ou tard. Plusieurs PME éprouvent déjà des difficultés à s’approvisionner en Chine.

De plus, les matières premières ne sont pas illimitées sur une planète limitée. Elles seront un jour moins abondantes et plus coûteuses. La Chine sera alors réticente à partager ses ressources stratégiques. C’est déjà le cas des terres rares utilisées pour la fabrication de nombreux produits électroniques. Le temps est proche où il nous sera plus difficile de remplacer de façon économique, nos produits non réparables et en fin de vie.

La solution à ce défi de société ne proviendra pas des multinationales. Comme le disait Einstein : Ce n’est pas avec ceux qui ont créé les problèmes qu’il faut espérer les résoudre.

La solution proviendra de PME de propriété locale. Ces PME opéreront selon un nouveau paradigme industriel. Les produits seront conçus pour être extrêmement durables, faciles d’entretien, évolutifs et respectueux de l’environnement. Ces produits seront offerts en tant que service. Ceci permettra de faire beaucoup mieux avec moins de ressources.

En conclusion

Nous approchons d’un nouvel âge d’or de l’industrie québécoise. La transformation sera certainement douloureuse mais notre créativité et notre capacité exceptionnelle à faire beaucoup avec peu, nous permettront de nous en sortir avec panache. Cette transformation générera des avantages autant économiques, sociaux qu’environnementaux.

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27 novembre 2011

4Réponses surQuel est l’avenir manufacturier du Québec?"

  1. Sébastien Giguère dit :

    Très intéressant de voir que de plus en de gens croient à un tel revirement. Cependant il est difficile d’entamer un virage puisque comme le mentionne votre article, (en général) rien n’est offert en ce sens.

    À suivre pour les prochaines décennies…

  2. Charles Lambert dit :

    Votre vision est confirmé par dans un article récent de Mario Polèse sur le développement d’un arc industriel québecois. Celui-ci s’étend grosso modo de St-Jean-sur-Richelieu à Rivière-du-Loup en passant par Sherbrooke et Granby.

    Cela s’explique par une combinaison de facteurs positifs : des salaires compétitifs (par rapport à des villes comparables en Ontario); un héritage industriel qui, souvent, favorise la reconversion industrielle ; la proximité de Montréal (ou de Québec) ; la proximité du marché américain; et sans doute, une petite dose d’esprit d’entrepreneurship proprement québécois. Voir:
    http://www.erudit.org/revue/rs/2009/v50/n1/029967ar.pdf

  3. Jacques Deschesnes dit :

    Sur le fond de l’article , je suis d accord. Mais le hic dans ce raisonnement est ce que j’appelle  » l’argent à tout prix  » De la part du fabricant c’est le profit maximum qui est recherché donc, voilà pourquoi beaucoup de compagnies pensent faire de bonnes affaires en faisant venir ou faire leurs produits d’un pays étranger ( Chine Taïwan ect ). Pas d’emploi local, transport polluant, ect .

    Le consommateur lui vise l’économie à tout prix. Dans ce sens allez voir la quantité de personnes qui magasinent chez Wall-Mart pour économiser quelques dollars .

    La vraie solution est l’éducation sur l’impact réel de l’achat local et également de la fierté de l’autonomie régionale, provinciale, nationale qui fait en sorte que la production de bien et l’achat du même bien est source de gratification autonomiste.

    Ceci amène une autre question : celle de l’évaluation de la rentabilité d’une entreprise . Est-ce toujours une question de profit maximum ou plutôt un profit moindre avec des retombées socio-économiques plus importantes.

    Il reste du pain sur la planche.

  4. Guy Lecouors dit :

    Super et malgré tout c’est un avenir encourageant

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